Vue d’ensemble des problèmes que rencontrent les forêts du Mozambique, les peuples tributaires des forêts et les travailleurs forestiers

8 / 2008 at 5:37 pm 1 comment

Le Mozambique est un pays riche en ressources forestières. Les forêts couvrent une surface d’environ 40,6 millions d’hectares, auxquels s’ajoutent 14,7 millions d’hectares supplémentaires d’autres zones boisées [DNTF, 2007]. La plupart des provinces possèdent de vastes étendues de belles forêts intactes, où les populations rurales obtiennent divers produits pour leur subsistance et qu’elles fréquentent aussi pour des raisons culturelles et spirituelles. Néanmoins, la diversité des forêts est mal documentée pour plusieurs raisons, telles que l’étendue du pays, les défaillances du réseau de transport, la longue guerre civile et l’absence généralisée de ressources humaines et financières.

Les forêts productives (des zones réservées à la production et l’exploitation du bois) couvrent 26,9 millions d’hectares, tandis que 13 millions d’hectares sont considérés comme inappropriés pour la production de bois et c’est là que se trouvent la plupart des parcs nationaux et des réserves naturelles. Les forêts qui bénéficient de protection légale ou qui sont réservées à la conservation représentent près de 22 % du couvert forestier du Mozambique.

Le type de forêt le plus étendu, qui occupe près des deux tiers du pays, est celle qu’on appelle le Miombo, que l’on trouve sur de vastes étendues du Centre et du Nord. Le Miombo est important pour la population, qui s’en sert pour obtenir du bois de chauffage, du charbon et des plantes médicinales, comme source de nutriments et d’engrais pour le sol grâce au feu et au recyclage du matériel végétal, et comme source d’aliments pour les animaux domestiques. Le sol du Miombo étant généralement fertile, cette forêt est utilisée aussi pour l’agriculture [Mozambique, 2003].

Le Miombo se caractérise par un dense couvert végétal où l’on trouve des arbres à feuilles caduques et semi-caduques qui atteignent souvent de 10 à 20 mètres. Les incendies sont un élément écologique important dans ces forêts, car ils facilitent la germination des graines et la nitrification du sol. Les tempêtes électriques qui ont lieu au début de la saison des pluies mettent facilement la végétation en feu, mais celui-ci ne se répand pas en raison de l’humidité du sol et de la végétation verte. Le deuxième type de forêt qui domine dans le pays est le Mopane, que l’on trouve surtout dans la région de Limpopo-Save et dans la vallée du haut Zambèze, et qui se caractérise par la prédominance d’arbres et de buissons.

La pauvreté du sol et l’existence d’une faune très abondante dans les forêts de Mopane ont conduit à délimiter de grandes zones de conservation, comme les parcs Banhine, Zinave et Gorongosa.

En général, le Nord du pays possède des forêts plus denses et moins exploitées que celles du Sud [Micoa, 1998].

La population, les forêts et l’exploitation forestière

Bien que l’économie du pays soit en train de croître, « les différences s’accroissent aussi : la plupart de l’augmentation du PIB bénéficie les 20 % du haut de l’échelle et l’écart entre les pauvres, les très pauvres et les extrêmement pauvres est en train d’augmenter » [Hanlon, 2007].

La plupart des Mozambicains habitent en milieu rural et dépendent des ressources naturelles pour satisfaire leurs besoins quotidiens. L’agriculture de subsistance est pratiquée par la majorité des pauvres de la campagne, et la commercialisation de produits n’à lieu que lorsqu’il y a un excédent de production. À peu près 7 % de la population ont accès à l’électricité ; le reste utilise du bois, du charbon, de l’essence et du gaz. La collecte de bois à brûler et la production de charbon pour la cuisine et le chauffage produisent 85 % de l’énergie consommée dans le pays.

Le bois d’œuvre et les bois de prix sont employés par les communautés pour bâtir des maisons et pour l’artisanat, surtout la taille et la sculpture. Les produits forestiers non ligneux (PFNL) sont les plantes médicinales, les herbes, le bambou, les roseaux et des aliments de brousse tels que légumes, fruits et tubercules sauvages, entre autres choses. La plupart de ces PFNL ne sont pas commercialisés par les communautés locales, surtout à cause du manque d’infrastructures et des difficultés pour se rendre aux villes et aux marchés. Ainsi, les nattes, les paniers, les chaises et les lits de paille sont surtout vendus le long des routes principales.

Le Code foncier et le Code sur la forêt, la faune et la flore

Deux recueils de lois gouvernent et protègent les usagers des ressources forestières : le Code foncier de 1997 et le Code sur la forêt, la faune et la flore de 1999, dont la réglementation n’a été approuvée qu’en 2002. Le Code foncier reconnaît et protège les droits traditionnels à la terre, les forêts comprises. Le Code sur la forêt, la faune et la flore définit les droits et les bénéfices des communautés tributaires des forêts : degré d’utilisation des ressources pour la subsistance, participation à la cogestion des ressources forestières, consultation des communautés et approbation avant l’allocation de droits d’exploitation à des tiers, avantages découlant de la production de bois en régime de concession.

Le Code foncier de 1997 reconnaît les droits fonciers des communautés et rend obligatoire de les consulter au moment d’accorder des droits d’exploitation à d’autres. Elle reconnaît aussi certains droits coutumiers dans le but de défendre les droits des femmes [Negrấo, 1999]. Bien que les communautés puissent utiliser tout produit forestier pour leur propre consommation, elles ne sont pas autorisées à commercialiser ces produits sans avoir obtenu un permis [Norfolk et al., 2004].

Le Code forestier avait pour but la gestion durable des ressources forestières et la création d’une structure plus efficace pour la génération et la distribution des recettes fiscales. Cette législation est basée sur le concept de ‘Gestion de base communautaire des ressources naturelles’, qui a été adoptée à de nombreux endroits de l’Afrique australe en tant que « processus de décentralisation visant à donner aux institutions de base le pouvoir de décision et le droit de contrôler leurs ressources » [Nhantumbo et al., 2003].

L’un des principaux problèmes du Code forestier est qu’il n’inclut pas le critère d’occupation des terres lorsque les communautés revendiquent leurs droits aux ressources. La loi n’offre qu’une certaine protection des activités de subsistance. Par conséquent, il faut conclure que les deux lois qui gouvernent l’utilisation des forêts se contredisent, puisque le Code foncier permet le transfert des droits fonciers tandis que le Code forestier limite l’usage des ressources à la production de subsistance et rend obligatoire l’obtention d’un permis pour leur utilisation commerciale [Norfolk et al., 2004]. Ainsi, le Code forestier met les communautés locales dans la même situation que les entreprises privées ou internationales, ce qui veut dire qu’elles doivent demander un permis et formuler des plans de gestion de la même manière que le secteur privé, en dépit du fait qu’elles manquent des ressources financières et techniques pour le faire.

Les dangers pour les forêts – la coupe illégale

D’après l’inventaire des forêts nationales fait en 2007, la cause principale du déboisement est l’activité humaine : le brûlage de terres boisées pour les affecter à l’agriculture, la récolte de bois à brûler et la production de charbon. Le taux de déboisement annuel du pays est estimé à près de 219 000 hectares, ce qui équivaut à la transformation de 0,58 % des forêts par an [DNTF, 2007].

Or, si l’inventaire suggère que le taux de déboisement est directement proportionnel à la population de chaque province, plusieurs études indiquent que les causes principales du déboisement sont l’exploitation forestière illégale et non durable et, à moindre degré, les incendies de forêt.

Les incendies provoqués par l’homme sont devenus fréquents dans tout le pays, au point qu’ils ont fait changer la période de rotation, le rythme et l’intensité des incendies dans plusieurs forêts de Miombo du Nord du Mozambique. Cela affecte considérablement le taux de survie des graines et des jeunes plantes, car l’écart entre les incendies s’est beaucoup réduit. En outre, la lenteur de la croissance de la végétation du Miombo fait que les plantes ne puissent pas atteindre une taille suffisante pour survivre avant le prochain feu.

L’exploitation forestière illégale est un problème bien documenté. D’après les estimations d’une étude du DNFFB et de la FAO (2003), entre 50 et 70 % de la production de bois du pays sont d’origine clandestine. Lors d’une visite récente à la province de Cabo Delgado, les communautés se sont plaintes de l’étendue des coupes qui avaient lieu autour de leurs villages, du grand nombre de troncs abandonnés dans la forêt (dès que les opérateurs y trouvent le moindre défaut, ils les abandonnent sur place), de la coupe sans discrimination d’arbres petits et grands, des activités forestières nocturnes (interdites au Mozambique) et du nombre d’exploitants forestiers dans la province.

Il est prévu que les communautés locales reçoivent 20 % des revenus forestiers, mais celles qui ont reçu de l’argent depuis l’adoption de cette norme sont très peu nombreuses.(1) Autant les Serviços Provinciais de Floresta e Fauna Bravia que les communautés locales pensent que plusieurs facteurs conspirent contre l’application de cet instrument : les coûts élevés que cela implique, l’absence de divulgation de la loi, la bureaucratie excessive, le manque de communication entre les différents acteurs, la rigidité des démarches à faire pour ouvrir un compte en banque au nom d’une communauté, la faiblesse de la société civile. Quant aux communautés qui reçoivent les 20 % prévus, elles aussi ont des problèmes concernant l’administration de l’argent et la gestion des projets qu’elles souhaiteraient entreprendre.

Les membres des communautés subissent d’autres problèmes encore dans le secteur forestier : des conditions de travail inhumaines, des retards dans le paiement des salaires, des salaires inférieurs au minimum et l’absence de contrats. Le salaire des olheiros (qui parcourent de longues distances dans la forêt pour repérer les meilleurs arbres à couper) est d’environ 1 000 Mtn par mois, tandis qu’un bûcheron gagne à peu près 700 Mtn par mois.(2)

Les équipes de bûcherons travaillent dans des conditions très précaires, avec très peu ou pas de matériel de protection (casques, gants, masques ou bottes), sans premiers secours ni service médical, de sorte que toute blessure devient très dangereuse et souvent mortelle. Les travailleurs n’ont pas d’eau et sont obligés de se laver avec la rosée qu’ils trouvent tôt le matin sur l’herbe et les feuilles. Ce manque d’équipement aggrave encore les problèmes de santé.

La capacité du gouvernement de faire respecter les lois est très faible. Ainsi, l’exploitation forestière illégale a lieu partout et il est fréquent que les opérateurs abattent un volume de bois qui est bien au-dessus du volume autorisé, qu’ils transportent le bois sans documentation, qu’ils coupent des arbres qui n’atteignent pas le diamètre minimum autorisé et qu’ils arrachent des arbres pour les exporter.

En plus du manque de capacité et de fonds, le partage des amendes (3), un autre instrument légal destiné à améliorer la gestion forestière et à freiner la coupe illégale, est presque inexistant.

Pendant la visite des lieux, les communautés ont mentionné aussi que les opérateurs clandestins préalablement attrapés retournent souvent sur le terrain et reprennent leur activité habituelle. Dans certains cas extrêmes, non seulement ils seraient revenus mais ils auraient menacé les gardes communautaires qui avaient participé au processus. Cela fait que les communautés perdent confiance dans le système et qu’elles mettent en question l’utilité d’investir du temps et des ressources à contribuer à la surveillance de la forêt.

Dans une interview [Customs Provincial Directorate, Pemba, 21 août 2007], le directeur de la Direction provinciale des douanes a parlé de la corruption du système : déclaration de volumes inférieurs, faux registres des chargements et des espèces de bois, exportation illégale de grumes non traitées de bois d’essences de la 1e catégorie (4), ou de planches dépassant l’épaisseur permise de 10 cm. Les exportateurs asiatiques, qui dominent le marché, s’intéressent surtout à l’exportation de grumes non traitées parce que leur principal destinataire, la Chine, permet leur entrée sans impôts (ou avec des impôts très bas), alors que les taxes sur le bois traité sont très élevées. Plusieurs interviewés ont commenté que c’était là la raison principale de l’intérêt pour le bois brut, et non la grande inefficacité des scieries mozambicaines, puisque les pertes sont couvertes par les scieries et non par les acheteurs asiatiques, qui paient pour le volume du produit final.

La centralisation est un problème supplémentaire pour le secteur forestier. Il est fréquent que les administrations des districts n’aient pas copie des permis ou des contrats de concession qui concernent leur juridiction. Les gouvernements locaux se chargent rarement de faire parvenir aux communautés les 20 % des revenus forestiers.

D’autre part, le pays semble s’orienter maintenant vers l’adoption de stratégies pour le développement des plantations et la production d’agrocarburants. Au cours d’une visite récente à travers le Mozambique, il est devenu évident que la plupart des provinces, des municipalités et des localités sont avides de projets de production d’agrocarburants, car on les considère comme un moyen de sortir de la pauvreté. Il existe plusieurs projets de production de biodiesel et d’éthanol, à partir surtout de jatropha et de canne à sucre. Suivant les dimensions et l’emplacement de ces projets, ils risquent d’être très dangereux pour les forêts, qui seront remplacées par des plantations, et pour les communautés rurales tributaires des produits forestiers et de l’agriculture, qui seront encore plus marginalisées.

Il a été annoncé que, si le déboisement continue de s’accélérer, les ressources forestières seront épuisées d’ici 5 à 10 ans. Cela mettra en péril les moyens de vie des communautés locales et les forcera à quitter les terres dégradées. Va-t-on prévoir des moyens de vie de rechange pour les populations rurales pauvres ? Les villes du Mozambique peuvent-elles supporter une immigration massive ?

Le besoin de protéger les forêts mozambicaines et, par là, les moyens de subsistance des populations locales, est un problème urgent qui devrait figurer en tête du programme de l’État, plutôt que les plans de reboisement et les projets d’agrocarburants qui finiront par disputer les forêts aux communautés qui en dépendent.

Vera Ribeiro,
adresse électronique : veruribeiro@gmail.com. La version intégrale de cet article est disponible sur : http://www.wrm.org.uy/countries/Africaspeaks/Overview_problems_Mozambique_forests.pdf

[1] Le Décret nº 12 de 2002 stipule que 20 % des recettes découlant de l’accès, l’exploitation et l’utilisation des produits forestiers doivent être versés aux communautés locales.
[2] 24 Mtn équivaut à peu près à 1 USD.
[3] Le Décret nº 12/2002 du 6 juin prévoit que 50 % du montant des amendes découlant des transgressions du Code forestier soient attribués aux fonctionnaires chargés de faire respecter les lois, aux agents communautaires et aux communautés locales qui ont contribué à dénoncer ces infractions.
[4] L’article 12 du Décret 12/2002 interdit l’exportation de grumes de bois de prix d’espèces de première, deuxième, troisième et quatrième catégorie. Le bois des espèces de la première catégorie peut être exporté après avoir été traité dans le pays.

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République démocratique du Congo : la recherche d’un consensus sur la forêt d’Itombwe Ouganda : les forêts, les communautés et les femmes

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  • 1. Marchi  |  8 / 2014 at 11:06 am

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