République démocratique du Congo : déboisement de forêts classées au profit de l’exploitation minière dans la province du Katanga – le cas de la Réserve de la Basse Kando

8 / 2008 at 5:03 pm 3 comments

La République Démocratique du Congo possède la plus vaste forêt tropicale du monde après celle de l’Amazonie au Brésil. Celle-ci polarise actuellement l’attention de l’opinion publique internationale à cause des enjeux que représentent les bouleversements climatiques ainsi que la lutte de la société civile Congolaise de manière générale et du réseau ressources naturelles en particulier pour empêcher la levée du moratoire, proclamé par le gouvernement sur l’octroi des concessions forestières aux exploitants.

La province du Katanga, au Sud Est de la RDC, est quant à elle dominée par un autre type de forêt : le MIOMBO ou forêt claire Zambézienne. Elle a été définie comme étant une « formation végétale mixte, avec une strate graminéenne peu dense sous un peuplement de forestier de 15 à 20 mètres de haut ; les arbres ont des cimes jointives ou presque, mais les feuillages sont légers, les cimes plus souvent étalés en parasol, de sorte que l’ensemble est clair, lumineux »1. Le Miombo renferme une riche biodiversité animale et végétale. Il constitue l’espace de vie des populations qui y habitent. Cet espace est d’autant plus important que suite à une décennie de guerres et de crise économique persistants, la grande majorité de la population ne vit plus du circuit économique formel. C’est en effet de la forêt que les habitants trouvent la nourriture, les médicaments, les matériaux de construction pour leur habitat, etc.

La disparition de ces forêts met donc en péril l’existence de ces populations. Plusieurs facteurs expliquent le recul progressif de la forêt du KATANGA. Parmi ceux-ci figure en bonne place l’exploitation minière.

En effet, l’exploitation minière, ne peut se faire sans déforestation. D’immenses étendues de forêts disparaissent chaque jour, pour permettre l’accès aux gisements, et même pour le traitement des minerais, la plupart des entreprises minières du Katanga utilisant des techniques archaïques et non respectueuses de l’environnement. Comme si cela ne suffisait pas, on constate depuis quelques temps une extension de l’exploitation minière aux forêts classées de la province.

Au terme de la loi en vigueur en RDC, à savoir le code forestier promulgué le 02 août 2002, on appelle forêt classée, une forêt faisant partie du domaine public de l’Etat. On place dans cette catégorie, les parcs nationaux (réserves intégrales), les domaines de chasse, les forêts urbaines, les jardins botaniques et les périmètres de reboisement de l’Etat ou des entités décentralisés (articles 12 et 13 du code forestier).

La province du Katanga possède deux parcs nationaux et une quinzaine de réserves de chasse, parmi lesquels cinq sont opérationnels. La « BASSE KANDO » est une de ces réserves opérationnelles. Elle est située dans l’annexe du parc national UPEMBA, dans le District de KOLWEZI. Crée par l’arrêté n° 52/48 chasse du 27 mars 1957, elle a vu plusieurs fois ce statut prolongé par la suite, le dernier arrêté étant celui signé le 07 décembre 2006 par le Ministre de l’environnement, conservation de la nature, eaux et forêts de la RDC. Paradoxalement, c’est aussi à cette même époque que les services compétents de l’Etat se sont mis à y octroyer des concessions aux exploitants miniers.

Ainsi, les sociétés « Groupe BAZANO », « TENKE FUNGURUME MINING », « SEMEX » « SOMIKA » et « PHELPS DODGE » s’y sont installés, y faisant des prélèvements, sondages, déboisements,…dénaturant ainsi la réserve. Conséquence de cette intense activité, les éléphants qui constituaient une importante composante de la population faunique ont immigré vers la ZAMBIE.

Les organisations de la société civile ont vigoureusement réagit à ces abus, dénonçant le viol de la loi qui ne permet pas la concession des forêts classées, ainsi que le déboisement à grande échelle alors que la désertification pointe à l’horizon. Réagissant à la vaille que vaille, le Ministre national de l’environnement est venu de Kinshasa pour procéder en toute illégalité au déclassement de cette forêt. Nous disons en toute illégalité parce que l’étude d’impact environnemental et la consultation des parties prenantes, préalable à toute mesure de déclassement n’a même pas eu lieu, contrairement à l’esprit de l’article 19 du code forestier.

En conclusion, c’est avec beaucoup d’inquiétude que nous voyons disparaître petit à petit les forêts du Katanga. Cette disparition entraîne avec elle l’appauvrissement des populations, le tarissement des cours d’eaux et le raccourcissement de la saison des pluies. Les quelques actions de reconstitution des forêts paraissent insignifiantes comparativement aux dégâts causées par les sociétés minières.

Christian BWENDA,
Directeur des programmes de PREMICONGO, Email : chrbwenda@yahoo.fr. N.B. : PREMICONGO, (Protection des écorégions de Miombo au Congo) est une ONG de protection de l’environnement basée à Lubumbashi, capitale de la province du Katanga en R.D.C.

(1) Aubréville cité par MALAISSE F. dans : Se nourrir en forêt claire africaine: Approche écologique et nutritionnelle, p. 21

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L’impact des politiques pour la conservation des forêts sur les communautés du Sud-Est de Madagascar. Leçons de durabilité tirées des Nouvelles Aires Protégées République démocratique du Congo : la recherche d’un consensus sur la forêt d’Itombwe

3 Comments Add your own

  • 1. Laurent KYEMBWA  |  11 / 2008 at 9:28 am

    Intéressant article! Une réflexion spontanée, pratique pointe à l’esprit. Ne devrait-on pas inviter les entreprises minières à des actions compensatoires dans le cadre de la Responsabilsation sociale et environnementale? Ensuite, le renforcement de l’épuisement des ressources forestières (conséquence de l’exploitation lancée par ces entreprises) exacerbe l’insécurité énergétique pour les communautés du Katanga en matière d’approvisionnement en bois de carbonisation et ou de chauffe, bois de construction… A cet effet, il est urgent que des sources et technologies d’énergies nouvelles et renouvelables soient vulgarisées, expérimentées et popularisées. . En effet, la population a de besoins immédiats de consommation énergétique : je pense à l’eau, le combustible, . Ainsi meme si les entreprises arrivaient à s’impliquer dans le reboisement, la population n’attendra pas cinq à dix ans pour revoir sa foret réhabilitéé et trouver la réponse à ses problèmes. Les parties prenantes devront afficher une bonne proactivité et permettre de rendre vivables ces milieux insécurisés… en initiant des projets permettant la protection/ conservation et restoration de la qualité de la vie Ensuite, combien faudra-t-il de temps pour qu’une source d’eau tarie retrouve sa situation première , si possible!

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  • 2. Geomap  |  12 / 2008 at 3:50 pm

    Geomap est à la recherche d’un partenariat dans les domaines de son expertise.
    En effet, Geomap est une initiative des jeunes scientifiques congolais de divers domaines qui traite l’information géographique( par la cartographie Numérique et les SIG) et promouvoit les nouvelles technologies de l’information.

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  • 3. Dembélé  |  12 / 2008 at 12:08 pm

    Je suis un jeune étudiants du Mali . Je désir voir les cartes de ces forêts du Congo qui sans doute fait parti de la richesse de notre Afrique.

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