Les problèmes auxquels se heurtent les forêts du Gabon et les communautés qui en dépendent : un menu où figurent l’exploitation forestière, les barrages, le pétrole, les mines, les parcs, les chemins de fer, les routes et les ports

8 / 2008 at 5:40 pm 4 comments

Au Gabon, les principaux problèmes auxquels sont confrontées les forêts et les communautés qui en dépendent sont de plusieurs ordres. L’exploitation forestière est l’un des premiers problèmes car non seulement les communautés ne profitent pas des retombées de cette exploitation, mais on note également une forte part de sociétés forestières qui ne respectent aucune norme technique d’exploitation, surtout des sociétés asiatiques (chinois et malaisiens en tête) qui coupent parfois en-dessous du DME (Diamètre Minimum d’Exploitabilité).

Il y a également la problématique liée à la création des parcs nationaux. Dans la plupart des cas, plusieurs parcs ont été créés sans aucune concertation avec les populations environnantes alors que ces dernières y ont encore des zones traditionnelles où elles pratiquent encore certaines activités (chasse, campements de pêche, sites sacrés…). Et à présent, ces populations n’ont pas le droit d’y accéder ; ce qui fait que des conflits couvent dans la périphérie de plusieurs de ces parcs car des alternatives concrètes ne leur ont pas été proposées.

En plus, malgré une bonne loi forestière (Loi 016/01 portant Code forestier), les droits d’usages coutumiers des populations ne sont ni respectés ni intégralement appliqués. Il s’avère en effet qu’aucune action n’est initiée concrètement pour la sensibilisation de ces populations et les agents des eaux et forêts, déjà en sous-effectif, sont plus prompts à la répression qu’à la sensibilisation.

Une autre des pressions s’exerçant sur les forêts est l’attribution des permis d’exploitation/d’exploration miniers et pétroliers dans les aires protégées. Activités qui généralement s’effectuent sans études d’impacts environnementales préalables ou si l’EIE est faite, elle n’est jamais publiée à temps pour que d’autres parties prenantes s’en approprient pour validation. Un des exemples types en ce moment au Gabon est le fameux projet Bélinga. La future mine de fer à Bélinga dans la province de l’Ogooué Ivindo et aux autres gisements (Batouala, BokaBoka et Minkébé) s’étendra sur une vaste région où l’on recense de nombreux villages. Ces villages pratiquent tous la pêche comme une activité importante pour leur propre consommation et comme source de revenus.

Pour réaliser un projet d’une telle ampleur, de nombreux aménagements et infrastructures sont nécessaires. Une centrale hydroélectrique est déjà en cours de construction, le réseau ferré gabonais va devoir se développer pour rallier le site minier de Bélinga au futur port en eau profonde au nord de Libreville et de nombreux autres aménagements seront eux aussi indispensables comme l’amélioration du réseau routier dans l’Ogooué-Ivindo. Ces différents aménagements auront certes un rôle important dans le développement de la région (amélioration des voies de communication, ressource énergétique) mais les différentes infrastructures auront également de nombreux impacts sur les populations locales et l’environnement.

La création d’une centrale hydroélectrique sur l’Ivindo est déjà une réalité, et l’activité aux chutes Kongou ne s’est pas arrêtée comme on a pu le laisser entendre dans certains médias. L’accord a déjà été donné aux chinois de commencer les travaux sur la base d’une étude d’impacts qui aurait été validée par les services compétent du Ministère de l’Environnement alors que les ONG environnementales n’y ont pas été associées pour la validation de ladite EIE n’ayant pas pu se procurer cette fameuse EIE. Les dégâts sont déjà nombreux : la déforestation pour l’ouverture d’une route, d’une plate forme et d’un futur tracé de barrage ou pour l’aménagement de la centrale… Il est important de prendre en compte tous les impacts qu’une telle infrastructure pourra avoir sur le parc et les populations avoisinantes.

Les principaux impacts sur l’environnement d’un barrage concernent les populations locales, la vie aquatique et l’ensemble de l’écosystème environnant. Un barrage, en modifiant les caractéristiques morphodynamiques et hydrauliques des cours d’eau, peut potentiellement générer des impacts négatifs sur les populations locales et les écosystèmes tout à fait importants. En particulier, l’inondation de la zone du réservoir peut nécessiter des déplacements involontaires de population, appauvrir ou détruire les écosystèmes terrestres et aquatiques en amont du barrage, favoriser la propagation de maladies telles le paludisme et dégrader fortement la qualité de l’eau. Le changement du régime d’écoulement peut également, en aval, compromettre les autres usages du cours d’eau, et modifier profondément les écosystèmes en dépendant.

En ce qui concerne les populations locales, il est avéré qu’elles subiront les conséquences du barrage, essentiellement en ce qui concerne le territoire de pêche. Pour ce qui est de l’environnement naturel, le site choisi correspond aux plus belles chutes d’eau d’Afrique Centrale et se trouve à l’intérieur d’un parc national, dont la richesse de sa biodiversité est reconnue par les chercheurs et passionnés de la nature depuis des décennies et il n’est plus à prouver l’importance de la protection de cet écosystème.

Il est alors à regretter que le seul motif du choix des chutes de Kongou comme site du barrage soit uniquement économique, sans réelle prise en compte des populations locales ni de la richesse naturelle du site.

Les exemples de problèmes causés par les barrages sont nombreux et en Afrique beaucoup de projets de ce genre ont été confrontés à la mauvaise gestion du projet et du manque d’appréhension des impacts qu’un barrage impliquait.

Au delà du barrage, le projet de mine de fer nécessite d’autres infrastructures comme la création de la voie ferrée de Boué à Bélinga et de Ntoum à Santa Clara (où est prévu le port en eau profonde).

Là encore, le manque d’informations est criant. Le premier tracé prévu en 1964 par le cabinet Foley Brothers pour le grand projet du Transgabonais devant à l’origine relier Owendo à Bélinga, passe par le village de Mananga. Ce tracé est-il toujours d’actualité, si oui, alors qu’en sera-t-il de ces villages traversés par la voie ferrée ? Quand ces populations seront-elles informées du projet ? La voie ferrée devrait passer à proximité de plusieurs zones naturelles, quels seront les impacts sur le parc de l’Ivindo, le parc d’Akanda et la forêt de la Mondah ?

L’article 17 de la loi n°003/2007 du 27 août 2007, relative aux parcs nationaux, prévoit que « dans les zones périphériques des parcs nationaux, les projets industriel, minier, de carrière, de barrage hydroélectrique, de lotissement, d’équipement touristique ou de réalisation d’infrastructures linéaires, notamment les routes, lignes électriques, oléoducs, gazoducs et les voies ferrées, sont subordonnés à une étude d’impact environnemental. »

Le projet Bélinga prévoit également la construction d’un port en eau profonde au cap Santa Clara, mais là encore quels seront les impacts sur l’environnement, les zones protégées avoisinantes, les populations locales, l’industrie du tourisme… ?

La rivière est la principale source de revenus pour le village de Mananga et Loaloa par la pêche ou l’extraction du sable. C’est pour cela qu’il est très important de protéger au mieux les rivières qui pourraient être touchées par l’exploitation minière de Bélinga. Au-delà de mettre en danger les activités génératrices de revenus, les populations s’interrogent sur les retombées les concernant, et si elles espèrent que la mine de fer ou le barrage créeront des emplois, elles dénoncent clairement le manque d’information sur le projet.

La lettre du rapport (http://www.brainforest.org/Rapport_Ivindo_Brainforest.pdf) prouve l’attente des populations concernant leur besoin d’information sur le déroulement du projet, ses impacts, ses retombées… Elles attendent également que l’on vienne les consulter pour connaître leurs besoins et leurs attentes.

Article fondé sur le rapport de Landry Lebas, « Ivindo, notre source de vie »,
publié en juillet 2008 (http://www.brainforest.org/Rapport_Ivindo_Brainforest.pdf) et sur une communication personnelle avec Essono Ondo, chef de projet de l’ONG gabonaise Brainforest, adresse électronique : essono.ondopj@gmail.com, http://www.brainforest.org.

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Ouganda : les forêts, les communautés et les femmes L’exploitation forestière au Liberia : processus de réforme ou maintien du statu quo ?

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